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Pubblicato il n. 197 - Dicembre 2016 - Marzo 2017 - del periodico dell' Associazione Ex Alunni della Badia di Cava

 
 
 

L’ abbaye de la Sainte-Trinité de  Cava dei Tirreni (La Cava)

 

L’abbaye des moines bénédictins de la Sainte-Trinité de Cava dei Tirreni (province de Salerne) se dresse dans le cadre agréable d’une vallée (valle metelliana), à environ trois kilomètres au dessus de la cité de Cava dei Tirreni et à peu de distance de la Riviera amalfitaine.
    L’abbaye fut fondée, en 1011 selon la tradition, par Alfier, issu de la noblesse lombarde salernitaine, qui fut formé et prit l’habit à Cluny. Rapidement, sous son troisième abbé Pierre, elle devint tête d’une congrégation florissante, l’ordo cavensis, qui finit par compter 400 dépendances environ, églises, abbayes et prieurés. Elle étendit ainsi son influence spirituelle et temporelle sur tout le Mezzogiorno italien grâce, entre autres, à la faveur des princes de Salerne qui la gratifièrent de leurs privilèges. A cette grandeur des trois premiers siècles de son existence s’ajouta la réputation de sainteté: les quatre premiers abbés (Alfier, Léon, Pierre Ier, Constable) ont été reconnus saints par l’Eglise, huit autres (Siméon, Falcon, Marin, Benincasa, Pierre II, Balsamo, Léonard, Léon II) ont été proclamés bienheureux.
    Au cours des XIIIe et XIVe siècles, l’abbaye commença à décliner en raison d’un engagement excessif dans le soin porté aux biens matériels, et aussi de divers dommages et spoliations. Promue, en 1394, siège épiscopal, elle subit les vicissitudes du temps: à la suite du gouvernement de quelques abbés-évêques, entre 1431 et 1497, elle fut confiée à des cardinaux commendataires, ce qui entraîna la diminution du nombre des moines et l’appauvrissement du patrimoine. Le dernier commendataire, Olivier Carafa, prit une sage résolution en renonçant à sa commende et en favorisant, en 1497, le rattachement de l’abbaye à la congrégation de Sainte-Justine de Padoue, dite cassinienne par la suite. Depuis, les abbés se soucièrent essentiellement de l’observance monastique, de l’ étude, et du ministère pastoral du diocèse. Au cours du XVIIIe siècle, l’église et une partie de l’abbaye connurent des travaux d’agrandissement et de  reconstruction. D’importants vestiges de la période médiévale ont été préservés et sont toujours visibles.
    A noter l’importance des Archives, avec environ 15000 documents sur parchemin, allant du VIIIe au XIXe siècle, et de la Bibliothèque qui a rassemblé des manuscrits (codices) et des incunables précieux. A la suite de la  loi de suppression des ordres religieux du 7 juillet 1866, l’abbaye fut déclarée Monument National, tout en restant confiée à la garde de l’abbé pro tempore. Son statut d’abbaye territoriale a été restructuré par le Saint-Siège en 1979. A ce titre, elle conserve son diocèse comprenant quatre paroisses et elle gère les sanctuaires de la Santissima Maria Avvocata (situé au dessus de Maiori) , de l’Avvocatella (situé au lieu-dit  San Cesareo), et de San Vincenzo Ferreri (Saint-Vincent Ferrier, situé au lieu-dit Dragonea).
    De nos jours, l’abbaye renferme de nombreux trésors culturels et artistiques, alors que les moines bénédictins, qui y résident donc sans interruption depuis un millénaire, continuent de veiller à son rayonnement spirituel et culturel par leur liturgie, par l’observance de la Règle de saint Benoît et par les nombreuses activités auxquelles s’adonne leur communauté: garde des Archives et de la Bibliothèque, accueil des hôtes et des pèlerins, ministère du diocèse abbatial, formation du clergé.
    La Bibliothèque.
    Son organisation peut remonter aux premiers de l’abbaye (XIe-XIIe siècle) en raison de la nécessité de fournir des livres aux moines, comme le veut la Règle de saint Benoît. En même temps qu’étaient rassemblés les codices, le Scriptorium assurait la copie de ceux qui étaient nécessaires à la formation des moines de La Cava et de ses nombreuses filiales: citons les codices catalogués n° 9 (XIIe siècle), Expositio in I Librum Regum longtemps attribuée à Grégoire le Grand et dont la paternité est à présent reconnue à Pierre de Cava, devenu abbé de la Sainte-Trinité de Venosa en Pouille ; n° 18 (XIIIe siècle), De septem Sigillis ; n° 19 (XIIIe siècle), Kalendarium, Evangelia, Apocalypsis, Epistola I Iohannis, Regula sancti Benedicti.
    L’enrichissement de la Bibliothèque au cours du XIVe siècle est confirmé par des informations concernant une Bible, le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, et par l’acquisition d’un matériel d’écriture et de reliure, depuis disparus. On peut faire foi à l’hypothèse avancée par Dom Leone Mattei Cerasoli selon laquelle la dispersion des manuscrits rassemblés au cours des premiers siècles de l’abbaye eut lieu à l’époque de la commende (1431-1497), en raison d’un amour (excessif) porté aux livres par quelques uns des cardinaux commendataires, ou encore de la situation précaire des moines restants dont le faible nombre ne nécessitait plus un grand nombre de livres.
    De leur côté, bien au contraire, les moines de Sainte-Justine prirent un soin particulier de la Bibliothèque. Sur beaucoup d’incunables est portée l’annotation d’achats effectués à Venise pour La Cava. L’abbé Dom Vittorino Manso (1588-1598) le premier pensa à séparer les ouvrages imprimés des codices et à sauvegarder l’intégrité de la Bibliothèque : en 1595, il obtint du pape Clément VIII une bulle qui interdisait d’emporter les livres hors de la Bibliothèque, sous peine d’excommunication. Quant à l’abbé Dom Filippo De Pace (1729-35; 1745-49), son nom se retrouve sur des milliers de volumes. Un sérieux dommage fut causé à la Bibliothèque la nuit de Noël de 1796, lorsqu’une coulée de terre et de roche, venue du bourg dominant de Corpo di Cava, s’abattit sur l’abbaye, détruisant totalement la Bibliothèque, selon l’information transmise par une chronique: dans ce désastre durent disparaître de nombreux livres, et sans doute aussi quelques manuscrits.
    Au XIXe siècle, ce ne furent pas les éléments naturels qui se déchaînèrent sur la Bibliothèque des moines bénédictins mais les tempêtes des gouvernements: les suppressions des ordres religieux frappèrent l’abbaye d’abord en 1807, sur ordre du roi de Naples Joseph Bonaparte, puis en 1866 sur celui du roi Victor Emmanuel II, de la maison de Savoie. A chaque fois, l’abbé conserva sa responsabilité, en tant que  «directeur de l’établissement» en 1807, et en tant que «conservateur du Monument National» en 1867 (grâce à une nouvelle loi), alors que quelques moines y demeuraient en qualité de «custodes».
Ce statut juridique est resté tel quel jusqu’à nos jours. De leur côté, les moines ont continué à s’investir dans la gestion de la Bibliothèque avec le même soin dont ils avaient fait preuve pour conserver et enrichir son patrimoine livresque avant que l’Etat italien ne se l’appropriât.
Comme par le passé, cet enrichissement a privilégié et privilégie toujours les disciplines plus appropriées à une bibliothèque monastique: la patristique, la théologie, le droit et l’histoire. Les donations venues d’autres bibliothèques ont été acceptées en tenant compte de la nature des fonds et de la disponibilité des locaux: les fonds les plus riches dans ce contexte sont ceux de Giovanni Abignente (1956), de Giovanni Bassanelli (1982), et d’Amalia Santoli (1992).
La Bibliothèque possède 65 manuscrits sur parchemin, environ une centaine de manuscrits sur papier, 120 incunables, en plus des quelques 5000 éditions des XVI-XVIIIe siècles. Les ouvrages imprimés forment un total d’ environ 72000.
Parmi les manuscrits (codices) les plus fameux, notons ceux de la Bible dite wisigothique du IXe siècle, du Codex legum langobardorum du XIe siècle, des Etymologies d’Isidore de Séville du VIIIe siècle, du De Temporibus de Bède le Vénérable du XIe siècle, et du De Septem Sigillis de Benoît de Bari du XIIIe siècle.
Les Archives.
Les fonds d’archives sont contigus à la Bibliothèque et ils ont fait la renommée de l’abbaye. Celle ci, rappelons-le, fondée par saint Alfier, en 1011 selon la tradition, acquit une grande puissance en raison des nombreuses donations de biens fonciers, d’églises et de monastères de la part des princes, lombards et normands surtout, de la part d’évêques et de seigneurs et aussi de simples particuliers. Les nécessités de la gestion, de la défense et de la revendication des diverses possessions, l’administration des terres concédées ad laborandum ou en emphytéose sont à l’origine de la masse documentaire, de regestes, inventaires et cadastres. La présence d’actes antérieurs à la fondation de l’abbaye de La Cava - plus de 600 - s’explique par le fait que les églises et les monastères étaient donnés à l’abbaye, ou achetés par elle, avec leurs documents propres. Parmi les monastères les plus anciens notons ainsi Saint-Maxime de Salerne, fondé en 865 et passé sous la domination de La Cava en 1086, Sainte Marie de Domno de Salerne également, fondé en 989 et donné à La Cava en 1091, et Saint-Nicolas de Gallocanta, situé entre Vietri et Salerne, construit en 983 et donné à La Cava en 1148. Ce qui vient d’être précisé pour les églises et monastères vaut aussi pour les biens des particuliers, même les plus modestes, qui devenaient propriété de l’abbaye tout comme leurs documents.
Différents moines-archivistes, dotés du titre de vesterarius puis d’armarius, s’adonnèrent avec zèle à partir du XIIIe siècle à la conservation, à l’étude et à l’utilisation de cette documentation qui fut classée, le dos de chaque acte étant annoté de son résumé.
Après la période de la commende, avec le rattachement de La Cava à la Congrégation de Sainte-Justine de Padoue en 1497, on vit refleurir l’étude archivistique grâce en particulier à l’action de Dom Vittorino Manso, de Dom Alessandro Ridolfi et de Dom Agostino Venereo le plus grand, sans aucun doute, des archivistes de La Cava. Ce dernier en effet lut et transcrivit tous les documents, en les classant par fonds et par lieux de provenance, en mettant à part des actes privés les bulles et les actes pontificaux. Il mentionna au verso de chaque document le résumé de sa teneur avec ses données chronologiques et archivistiques, et il inscrivit ces indications sur de grands registres. En même temps, Dom Agostino Venereo consignait dans divers ouvrages in folio toutes les informations qu’il jugeait intéressantes, ce qui donna des dictionnaires toujours irremplaçables en raison de ces nombreuses investigations historiques. Quant à la documentation sur papier, elle demeura aux côtés de la documentation sur parchemin.
En 1626, furent acquises de nouvelles armoires, marquées de lettres pour les diplômes et de chiffres pour les actes privés.
En 1760, avec la démolition de l’ancienne église, les Archives et la Bibliothèque, installées au dessus d’elle, durent changer d’endroit. Ainsi, les salles actuelles, garnies d’élégantes armoires, aux plafonds décorés de belles peintures de style pompéïen, furent équipées en 1784. En ce temps là, était abbé Dom Raffaele Pasca, et archiviste Dom Salvatore De Blasi, dont il faut saluer le mérite pour ses travaux d’ archivistique, restés inédits, et pour sa  Series Principum qui Langobardorum aetate Salerni imperarunt (Naples, 1785).
Il faut retenir l’initiative importante de l’archiviste Dom Ignazio Rossi (1827-1831) qui classa les documents par ordre chronologique et sépara ceux sur papier de ceux sur parchemin.
Après la «suppression» de 1866, les moines restés sur place comme «custodes» du matériel nationalisé par l’Etat, outre leurs obligations de conservation et d’étude, s’adonnèrent à la publication des actes sur parchemin dans les huit volumes du Codex Diplomaticus Ccavensis , soit 1388 documents allant de 792 à 1065. Entre 1887 et 1890, ils établirent l’index alphabétique des noms et matières principales relatifs aux 7760 documents sur papier.
Les Archives  conservent plus de 15000 actes sur parchemin rédigés en latin , dont le plus ancien remonte donc à 792, et 101 actes sur parchemin rédigés en grec. Ces actes en latin n’en ont pas toujours fait partie. En 1807, 1500  environ, provenant de la Chartreuse de Padula tout comme six manuscrits, furent acquis à Salerne (on les vendait sur la place publique au premier venu!) par l’archiviste Dom Luigi Marincola qui les sauva ainsi de la dispersion. Vers 1820, furent acquis quelques 114 actes sur parchemin du couvent de San Francesco d’Eboli, et environ 500 des Célestins de Novi Velia. Au cours du XXe siècle, grâce à diverses donations, ont pu être acquis environ 150 actes sur parchemin: 122 du monastère basilien de Santa Maria Mater Domini déposés en 1924 par la commune de Nocera Superiore, 76 de Roccagloriosa offerts par le baron Fernando de Caro en 1958, 49 de Capaccio donnés par le docteur Vincenzo Rubini en 1975. Cent un furent récupérés cette même année, qui servaient de couverture à des protocoles de notaires.
Signalons enfin les deux fonds recueillis par les Archives de l’abbaye au cours de ce XXe siècle: le fonds Mansi, donation en 1970 de Mademoiselle Eleonora Mansi de Ravello, et le fonds Talamo-Atenolfi-Brancaccio, donation en 1979 des marquis Talamo-Atenolfi-Brancaccio de Castelnuovo Cilento. Au cours de l’année 2012, l’abbaye de La Cava s’est vu confier, par le prince Mario Putaturo Donati Viscido de Nocera, président adjoint honoraire de la Cour Suprême de Cassation, la conservation d’un fonds important d’archives familiales, que le donateur présente lui même dans un ouvrage où il a également entrepris de reconstituer sa généalogie qui, à son avis, remonterait jusqu’à la première dynastie des princes lombards de Salerne.

La majeure parte de ce matériau d’archives fut, comme il est dit plus haut, étudié par Dom Agostino Venereo qui s’en servit pour trois œuvres de première importance: le Dictionarium Archivii Cavensis en trois volumes (recopié en six volumes par Dom Camillo Massaro), les Additiones  Archivi Cavensis en trois volumes, et les Familiarum  libri en trois volumes également.
Quant au catalogue chronologique des actes sur papier, rédigé en latin, il occupe huit volumes in folio, l’un pour les bulles et les diplômes, les autres pour les documents privés.
Les Archives conservent également des regestes, inventaires, censiers de grand intérêt. Signalons le Regestrum Domni Balsami abbatis (1222-1225), sur parchemin; l’Inventarium abbatis Mainerii (1341-1365), sur parchemin; le Liber reddituum et ecclesiarum Cavae Domni Thomae abbatis  (1261-1262) sur parchemin; le Regestrum Domni Thomae abbatis  (1259-1264) sur papier de coton; les Regestra Domni Mainerii (1341-1365), sur papier; l’Inventarium seu quinternus terrarum nostri monasterii S. Benedicti de Salerno antiquitus (XIIIe- XIVe siècle); l’Inventario di S. Maria Maddalena di Bari (XVIe siècle); les Censi del Vestarario (XVIe siècle); le Liber censuum Cavae (XIV-XVIe siècle); les Regestra Domni Ioannis Cardinalis  de Aragonia (1475-1485) en cinq volumes: les Libri visitationum en 29 volumes, relatifs aux visites pastorales des abbés de La Cava entre 1500 et 1934. Ajoutons les 15 volumes de copies légales sur parchemin d’actes divers, de bulles et privilèges, réalisées dans les années 1503-1510; les 182 volumes de protocoles notariés qui vont de 1468 à 1801; les 155 registres d’administration de l’abbaye pour les années 1497-1853.
    Pour revenir à la publication des actes sur parchemin, rappelons que certains figuraient dans les éditions de Muratori et d’Ughelli. Mais ce sont bien les moines de La Cava qui, après la  «suppression» en donnèrent l’édition intégrale dans le Codex Diplomaticus Cavensis (éd. D. M. Morcaldi, D. M. Schiani, D. S. De Stefano, vol. I, Naples 1873; id. vol. II-VIII, Milan-Pise-Naples 1875-1893; éd. D. S. Leone, G. Vitolo, Badia di Cava 1984-1990. Le nombre des actes publiés est de 1669,  leur chronologie s’étend de 792 à 1080.

 

Traduction française par Huguette TAVIANI-CAROZZI